Le développement d’une entreprise, si on simplifie, c’est :

Idée → Validation → Première offre → Premier client → Organisation → Crédit pour accélérer

 


1. L’idée : passer du « concept sympa » à un vrai problème client

Une idée seule ne vaut pas grand-chose. Ce qui compte, c’est :

  • Quel problème concret tu résous ?
  • Pour qui ?
  • Pourquoi c’est mieux que ce qui existe déjà ?

À ce stade, tu dois clarifier :

  1. Ton client cible
    • B2C : âge, situation, habitudes, budget, style de vie.
    • B2B : secteur, taille, fonction de la personne qui décide, douleurs actuelles.
  2. La promesse
    • En une phrase simple :

      « J’aide [type de client] à [résultat] grâce à [ta solution]. »

  3. Tes hypothèses
    • Combien ils seraient prêts à payer ?
    • À quelle fréquence ?
    • Par quels canaux ils achètent habituellement ?

👉 Tant que tu n’as pas ça, tu n’as pas vraiment de projet, juste une idée.


2. Validation : parler aux gens avant de monter une usine

L’erreur classique : passer des mois à créer un site, un logo, un statut… sans avoir parlé à un seul futur client.

Ici, le but est d’avoir des signaux du marché :

  • Entretiens (10–30 personnes) :
    • Tu poses des questions ouvertes :
      • « Comment tu fais aujourd’hui pour… ? »
      • « Qu’est-ce qui t’énerve le plus dans la solution actuelle ? »
      • « Si tu avais une baguette magique, tu changerais quoi ? »
  • Premiers tests de prix :
    • Tu peux présenter une esquisse de ton offre :
      • « Si je te proposais X pour Y CHF / mois, ça t’intéresserait vraiment ? »
      • « À partir de quel prix tu trouves ça trop cher ? trop beau pour être vrai ? »
  • Objectif de la validation :
    • Entendre des gens dire des choses du type :
      • « Quand tu lances, tu m’appelles. »
      • « Franchement, j’en connais 3 à qui ça parlerait. »

👉 Si personne n’est prêt à s’engager, même moralement, c’est que ton idée doit être ajustée.


3. Construire une première offre (MVP) au lieu d’une usine à gaz

Une fois que tu as validé qu’il y a un vrai intérêt :

  1. Tu crées une version minimale de ton service / produit
    • Service : un accompagnement simple, une version “beta”.
    • Produit : un prototype, un échantillon, une version limitée.
  2. Tu simplifies au maximum :
    • Une cible principale.
    • Une offre claire.
    • Un prix simple (pack, abonnement, forfait).
  3. Tu fixes un prix cohérent :
    • Il doit couvrir au moins :
      • Tes coûts directs (matière, sous-traitants, logiciels).
      • Une partie de ton temps, sinon tu n’as pas de modèle rentable.
    • Tu ajustes ensuite selon la réaction des premiers clients.

👉 L’idée n’est pas d’être parfait, mais assez bon pour que quelqu’un paie.


4. Mettre en place le minimum légal & administratif

Pendant que tu valides ton marché, tu dois faire le minimum de structure :

  • Choisir une forme juridique (indépendant, Sàrl, SA, etc. selon ton contexte).
  • Ouvrir un compte bancaire professionnel.
  • Séparer ton argent perso de l’argent de l’entreprise.
  • Assurances nécessaires (RC pro, éventuellement perte d’exploitation selon l’activité).
  • Tenir déjà un minimum de comptabilité (même simple au début).

👉 Ça te servira plus tard, notamment au moment de demander un crédit : un banquier déteste le flou administratif.


5. Aller chercher le premier client (le vrai déclic)

Le cœur du jeu, c’est là. Tant que tu n’as pas encaissé ton premier franc de quelqu’un qui ne te doit rien (ni famille, ni pote), tu es encore au stade “projet”.

A. Priorité absolue : les canaux directes

  • Cercle proche :
    • Amis, collègues, anciens clients, ex-employeurs, réseau LinkedIn.
    • Tu expliques ce que tu proposes, clairement, sans t’excuser.
  • Prospection ciblée :
    • Emails personnalisés.
    • Messages LinkedIn.
    • Appels téléphoniques.
    • Porte-à-porte pour les activités locales (commerces, services de proximité).
  • Réseau & événements :
    • Afterworks, networking, chambres de commerce, associations pro.
    • Tu y vas avec un pitch simple :

      « Je fais ça pour tels types de clients, pour les aider à… »

B. Ton “script” de base

Tu peux articuler ta discussion en 3 temps :

  1. Problème
    « J’ai remarqué que beaucoup de [type de clients] galèrent avec… »
  2. Solution
    « J’ai monté [nom de ton service/entreprise] pour les aider à [résultat]. »
  3. Proposition concrète
    « Si tu veux, je peux [offre précise] à [prix], on peut commencer dès [date]. »

C. Objectifs sur les premiers mois

  • Obtenir quelques clients (même 3–10 au début).
  • Tester :
    • Ce qui marche dans ton discours.
    • Ce qui bloque.
    • Où tu perds ton temps.
  • Adapter ton offre, ton prix, ta façon de vendre.

👉 Ton vrai business model se construit au contact des premiers clients, pas dans un tableur.


6. Structurer l’entreprise une fois les premiers clients trouvés

Quand tu commences à avoir un petit flux de clients :

  1. Tu formalises :
    • Processus : comment tu vends, comment tu délivres, comment tu factures.
    • Templates : devis, contrats, emails types, factures.
    • Organisation de ton temps : prospection, production, administratif.
  2. Tu suis tes chiffres :
    • Chiffre d’affaires mensuel.
    • Marge brute (CA – coûts directs).
    • Charges fixes (loyer, logiciels, salaires, assurances).
    • Résultat net + trésorerie sur le compte.
  3. Tu observes les signaux de traction :
    • Clients qui reviennent.
    • Recommandations spontanées.
    • Demandes entrantes (site, bouche-à-oreille).

👉 C’est cette traction qui va devenir ton argument pour demander ensuite un crédit entreprise.


7. Quand on commence à parler de crédit d’entreprise

On ne demande pas un crédit sérieux pour “voir si ça marche”.
On le demande quand :

  • Ton activité fonctionne déjà à petite échelle,
  • Et que tu as un projet concret pour l’accélérer, par exemple :
    • Engager un(e) collaborateur/trice.
    • Acheter du matériel, des machines, un véhicule pro.
    • Financer du stock.
    • Investir dans un vrai plan marketing / communication.
    • Ouvrir un nouveau point de vente / un nouveau canton.

Les banques / organismes de crédit vont regarder :

  1. Ton historique :
    • Chiffre d’affaires sur 1–3 ans (ou moins, mais alors avec d’autres garanties).
    • Rentabilité.
    • Stabilité ou progression.
  2. Ta gestion :
    • Comptabilité propre.
    • Factures en ordre.
    • Peu (ou pas) d’impayés, pas de chaos sur les comptes.
  3. Toi, en tant que personne :
    • Expérience dans le domaine.
    • Capacité à expliquer ton projet clairement.
    • Endettement privé déjà existant ou non.

8. Préparer le dossier de crédit pour se développer

Avant de frapper à la porte d’une banque / d’un organisme de crédit entreprise, tu prépares un vrai dossier, idéalement avec :

  1. Présentation de l’entreprise :
    • Qui tu es, ce que tu fais, ton historique.
    • Tes clients cibles, ton positionnement.
  2. Chiffres clés :
    • CA des derniers mois / années.
    • Résultat.
    • Structure de coûts.
  3. Projet de développement :
    • Ce que tu veux faire précisément (embauche, machine, stock, marketing, nouveau local…).
    • Montant du crédit demandé.
    • Sur quelle durée tu envisages le remboursement.
  4. Prévisionnel :
    • Projection de CA / charges / bénéfices sur 2–3 ans.
    • Explication de comment le crédit va augmenter ta capacité à générer du CA.
  5. Garanties éventuelles :
    • Apport propre (fonds propres).
    • Éventuels actifs (véhicules, machines, équipement).
    • Cautions selon les cas.

👉 L’idée que doit comprendre le financeur : “Sans ce crédit, je reste petit ; avec ce crédit, je peux augmenter mon activité de façon réaliste et rembourser sans me mettre en danger.”


9. Après le crédit : piloter, pas se griser

Une fois que tu obtiens un crédit :

  • Tu utilises l’argent strictement pour le projet prévu, pas pour te payer un nouveau style de vie.
  • Tu suis chaque mois :
    • La trésorerie.
    • Les remboursements.
    • Le retour concret du projet (plus de CA ? meilleure marge ? plus de clients ?).

Si au bout de 6–12 mois, le crédit est bien utilisé, que ton CA monte et que tu gères sérieusement, tu auras :

  • Une entreprise plus solide.
  • Une crédibilité plus forte auprès des banques.
  • La possibilité, plus tard, d’envisager d’autres formes de financement (plus gros crédits, leasing, ligne de crédit, etc.).